le Ministère des PTT brade la souveraineté du Congo

Publié le par Congo Internet Consortium

La Journée mondiale des télécommunications a été célébrée à Kinshasa du 18 au 22 mai 2008. C’est dans ce cadre qu’une série de manifestations ont été organisées pour marquer cet événement, dans plusieurs endroits clés de la capitale.

Cependant, derrière le faste officiel se sont dévoilés des lacunes de coordination du Ministère ayant la tutelle du secteur des télécommunications en RD Congo.
Elle est loin, la Journée Mondiale célébrée le 18 Mai 2005, où la Ministre de l’époque Gertrude Kitembo, avait surpris les rares experts et chercheurs qui avaient fait le déplacement au Ministère des Affaires étrangères,  en déclarant que le Ministère des PTT procédait à une veille périodique des actes cyber criminels sur Internet et dans les Télécoms ; alors qu’à l’époque, le Ministère ne disposait même pas d’une connexion à Internet.

A l’occasion de cette édition 2008, en lieu et place de réfléchir sur l’intégration des personnes handicapées dans ce processus de révolution numérique,  qui nécessite la participation de tous à l’édification de la société de l’information  afin de promouvoir l’égalité des chances.
A la place, le Ministère préfère mettre en avant-plan le Backbone et l’administration électronique, et pour couronner le tout, la Secrétaire Général aux PTT offre un don  de matériel informatique à des handicapés !
Comment peut on concevoir remettre du matériel à des handicapés sans leur montrer ce qu’ils doivent en faire ?
Ordinateurs d’accord, mais pour quel but ?
Ces ordinateurs étaient ils dotés de programmes sonores spécifiques aux non-voyants ?
Les claviers étaient-ils en braille ?
Rien de tout cela ; au contraire, au-delà de la volonté de faire réellement évoluer ces personnes vulnérables, le Ministère n’a fait une pure opération de marketing politique.

A travers une série de conférence débats organisés au Grand Hôtel Kinshasa,  le  Ministère des PTT en a offusqué plus d’un dans son manque de compréhension du domaine des TIC ; concept flou et ambigu, dont l’interprétation et les statistiques s’y référant dépendent d’un conseiller à un autre.

Plusieurs cadres des PTT ont ainsi avancés des chiffres de 5 millions d’abonnés télécoms tandis que d’autre en parlait plutôt de 7 millions, alors que les renseignements de la CIA renseigne environ 4 millions.

L’un des orateurs de cette journée en est même arrivé jusqu’à dire qu’il n’existait aucune statistique fiable suite à l’opacité avec laquelle la plupart des opérateurs privés entourent le transfert de ces informations au Ministère des PTT.

Loin de s’arrêter là, le Ministère des PTT, dans une prédisposition innée à la confusion qui constitue depuis cinq ans sa principale caractéristique,  a, à travers sa cellule de coordination NTIC,  prôné le développement de l’e-gouvernement en s’appuyant sur le  Backbone nationale dans tous les secteurs d’activités gouvernementales.

Selon eux, même la Défense Nationale et les services de Sûreté de l’Etat devraient se raccorder au Backbone.
Il est étonnant qu’une institution qui se devrait être la conseillère du gouvernement en matière technologique puisse exhorter l’Etat  à confier la gestion de ses communications et transmissions entre les mains d’un Groupe majoritairement privé !

Cela n’étonne guère étant donné que c’est le même Ministère qui a cédé la gestion du domaine Internet .cd à un particulier.

La conséquence est qu’au gré de son propriétaire, l’ensemble des systèmes de messagerie électroniques  tournant sous le domaine cd sur Webmail ou par logiciel de messagerie, peuvent être routés sur des serveurs des agences de prospection sur Internet, les fameux auteurs des scams ; ou pire, s’il s’agit de secteurs stratégiques, à des sociétés étrangères et à des agences de renseignements.
Ainsi, après avoir bradé le symbole de la présence du Congo sur Internet à des étrangers, ils prônent également la même chose pour l’ensemble du système de communication gouvernemental.

En outre de ces innombrables contradictions statistiques et de son manque de flexibilité dans les affaires d’intérêt national ; le Ministère a laissé communiquer à l’assistance présente à ses conférences, un historique déformé. Le 21 Mai au Salon Congo, l’assemblée aura retenu sans réagir,  que l’essor des télécommunication au Congo a explosé avec l’apparition des Sociétés Tigo et VodaCom en 1995 !

De plus, dans la foulée des chiffres lâchés par les orateurs l’on apprendra que le Congo est le 183è pays dans le Classement de l’UIT sur la pénétration des TIC.
Ce décalage énorme, contrastant étrangement avec les indices positifs que le Ministère des PTT ont donné à travers Alphonse NTITA, coordonnateur de la Cellule NTIC , qui a toujours avancé le chiffre de 7 millions d’abonnés,  laisse perplexe.

Même si ceux-ci insistent sur le fait que ces fameux 7 millions d’abonnés « imaginaires » sont répertoriés dans le secteur des Télécoms et non des TIC en général, comment alors expliquer le décalage entre ces chiffres et ceux des agences de renseignements américaines qui parlent d’environ 4 millions d’abonnés ?

VodaCom en laissant entendre qu’il avait atteint 2 millions d’abonnés à lui seul, ne faisait-il plutôt pas allusion aux sims actives ?
L’engouement observée Chez Tigo serait elle la résultante de la naissance d’une génération spontanée de nouveaux consommateurs ou serait ce plutôt les abonnés déjà existants des sociétés concurrentes qui se sont rués chez Tigo ?
La dernière thèse est plus plausible car elle a été évoquée par le Secrétaire du Parti présidentiel Evariste Boshab après l’affaire d’identification forcée imposée à tout les opérateurs à la suite des rumeurs, diffusées via les réseaux Télécoms  sur la prétendue mort du Chef de l’Etat Joseph KABILA, qui avait fortement défrayée la chronique à Kinshasa.

La facilité avec laquelle n’importe qui peut se procurer une SIM et l’activer avait amené le Ministère de l’Intérieur à imposer le fichage systématique de tous les détenteurs des SIMS téléphoniques.
Le Ministère des PTT, en méconnaissance des  engagements pris par la République en 1991, par la ratification de la résolution 45/95 des nations unies sur la régulation et la protection  des fichiers nominatifs, et des préceptes de l’article 31 de la Constitution, avait entériné cette décision par un arrêté, alors qu’il s’agissait de la constitution par contrainte de fichiers nominatifs individuels sous forme informatisée.

Clarisse Mputu, chargé des Programmes e-gouvernement  au Congo Internet Consortium s’est également déclaré déçue par la qualité des participants aux conférences, qui semblent selon ses propos avoir été choisis pour la plupart, pour leurs connaissances limitées en matière informatique et des télécoms.

Cette assemblée au Salon Congo du Grand Hôtel a en effet conspué un des orateurs pour la simple raison que ce dernier avait réfuté la théorie soulevée  par un participant, critiquant l’inefficacité des FAI dans la fourniture d’Internet.

Pourtant les statistiques conjointes du Centre de Recherche Technologique et du Congo Internet Consortium ont démontré que ce sont les internautes congolais qui sont les principaux artisans de l’instabilité de la connexion Internet  par l’expédition massive  et en chaîne de Hoax et via le téléchargement des spywares via des sites douteux.

Est-ce la mauvaise foi d’InterConnect  qui perturbait les connexions du Campus Numérique Francophone de Kinshasa,  pendant que toute personne avisée sait que le serveur de cette Institution était un véritable nid de spywares ?


N’est ce pas ce constat qui a contraint le Campus Numérique après des mois de déboires à prohiber l’utilisation des laptop sur son réseau par des personnes extérieures  dans le but d’éviter une expansion des vers informatiques ?

C’était scandaleux et les réactions de cette foule sensé  être composé de personnes  avisés, ne s’est révélé être qu’une concentration d’acclamateurs automatiques.
Aucune question importante. Pendant toute la journée du Mercredi,  les handicapés qui pourtant ont été placé au cœur de cette journée ont été oubliés.
Même l’affaire du domaine .cd ; pourtant une matière importante pour la concrétisation et  l’effectivité du Backbone n’a pas été soulevée par les participants.

En conclusion de tout ce qui précède  l’on retiendra que le Ministère des PTT n’a pas encore saisi la nature du travail qu’il doit accomplir.
Le méli-mélo  du Grand Hôtel  en est une parfaite illustration (présentation bâclée, sujet mal compris aussi par les organisateurs que par la majorité des participants)

Comment le Ministère veut il expliquer aux gens quelques chose qu’il ne comprend pas lui-même ?
Tant que le Ministère n’aura jamais compris qu’elle doit songer à approcher les vrais acteurs de l’ère du numérique, dans les Universités, les corporations professionnelles, les syndicats d’entreprises et autres mouvances,  en lieu et place de l’assistance taillée sur mesure qu’elle convie depuis cinq ans  dans une suite de monologues  interminables ;  le Congo restera toujours un trou noir au centre de l’Afrique.


Clarisse Mputu

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